Une biographie magistrale de Michel Berger

Laurent-David Samama
Tour à tour Directeur des programmes de France 2, de la RTBF et de RTL, patron de plusieurs maisons de disques et journaliste à Libération ainsi qu’à Rolling Stone, Yves Bigot est aujourd’hui PDG de TV5Monde. Il vient de publier Michel Berger (éd. Seuil), biographie définitive sur la vie et la carrière de l’artiste.
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A l’état civil, Michel Berger est le fils du grand professeur de médecine Jean Hamburger et de la concertiste Annette Haas, tous deux Juifs convertis au protestantisme. En dépit de cette identité double, qu’est-ce qui demeure juif chez Berger ?

Yves Bigot Michel Berger n’a commencé à s’intéresser à ses origines juives que vers la fin de sa courte vie. Il interrogeait son ami musicien Marc Kaftchik sur sa judéité, ce que ça signifiait pour lui, la place que cela occupait dans sa vie. Dans Mandoline, il chantait « Si Dieu n’existe pas, le salaud/ C’est qu’il nous laisse tout sur le dos ». A la question d’Ardisson « Et Dieu dans tout ça ? », il répondait : « Si Dieu existe, il a intérêt à avoir une bonne raison ». Elevé dans le protestantisme, Michel Hamburger n’aimait pas le nom de ses ancêtres, Juifs amstellodamois, parce qu’il était moqué dans les cours de récréation : « Ham-burger, œuf à cheval » lui lançait-on… Surtout, il ne voulait plus porter le nom de son père qui les avait abandonnés, sa mère, son frère Bernard et sa sœur Françoise, lorsqu’il n’avait pas encore sept ans.

« Le style Berger est indubitablement, avec le style Gainsbourg, l’épine dorsale de la Pop de chez nous » écrivez-vous dans votre livre…

Y.B. Au début des années 1970, Michel Berger – avec Véronique Sanson, sa compagne dont il produisit les deux premiers albums historiques – a révolutionné la manière d’écrire, de composer, de chanter et de produire en français, en modernisant l’expression nationale à l’aune du rock anglais et américain, en inventant un véritable style pop en français, où le rythme est essentiel, où le phrasé est rendu direct et intelligent par l’adéquation des syllabes et des notes. Ce faisant, il a permis à ses très nombreux interprètes – Françoise Hardy, France Gall, Johnny Hallyday, mais aussi David Balavoine, Diane Dufresne ou Elton John et Cindy Lauper – de toucher un tout nouveau public. Ce style américanisé qui a fait chanter les salles de spectacles pour la première fois est devenu la colonne vertébrale de la nouvelle chanson française, à travers ses héritiers divers, de Goldman à Obispo, de Delerm à Luciani.

A vous lire, il semblerait que le fil rouge de la vie de Michel Berger soit l’abandon. Abandon par son père d’abord, abandon par Véronique Sanson ensuite. Serait-ce la clef pour le comprendre ?

Y.B. « Pour me comprendre, il faudrait savoir le décor de mon enfance » chantait-il dès son premier album personnel en 1973. Michel Berger a connu l’abandon incompréhensible, sans explication, de son père avant même d’avoir 7 ans. Toute son existence, sa carrière, sont marqués de cette peur de l’éphémérité, de l’inexorabilité de la fin. Rien ne dure, surtout pas l’amour, comme il le subit lorsque Véronique Sanson, qu’il devait épouser, le quitte, du jour au lendemain ou presque, pour la rockstar Stephen Stills. Par la suite, il perdra par des accidents ses deux meilleurs amis, Daniel Balavoine et Coluche, par la maladie son grand-frère Bernard qui était devenu son père de substitution. Sa fille Pauline est condamnée par la muscovicidose. Et il sera déchiré par son histoire d’amour tardive avec le top model allemand Beatrice Grimm, qui l’aurait contraint à son tour à abandonner France Gall, son haut-parleur superstar, sa femme et la mère de leurs enfants. Sa boulimie de travail, son désir de marquer son époque, son envie de durabilité, sont sans doute aussi la conséquence de sa conscience de sa propre fugitivité… 

En bref

C’est l’histoire d’un gamin des beaux quartiers, fasciné par le swing de Gershwin, la soul de Ray Charles et le rock des Beatles. L’histoire d’un gringalet d’origine juive dont la famille s’est convertie au protestantisme, qui porte néanmoins à la coupe afro, et qui observe l’immensité de la pop anglo-saxonne. Ce gamin c’est Michel Berger. Un artiste en devenir, qui débute par la facilité et les yéyés puis découvre ensuite Bob Dylan et les Pink Floyd et décide de composer, en France, avec la même ambition grandiose. On connait la suite : tout au long de sa carrière, Berger aura modernisé la chanson française à travers ses interprètes (Françoise Hardy, Elton John, Johnny Hallyday), ses complices (Véronique Sanson, Luc Plamondon, France Gall), son opéra rock (Starmania) et des tubes immenses, traversant les époques. Cet homme-là, doué, complexe, racontant ses fêlures à cœur ouvert, Yves Bigot l’a bien connu. Il en signe une biographie magistrale, définitive, aux éditions du Seuil pour les besoins de laquelle il a longuement interrogé ses proches et son entourage. Tout est là !

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