Plaire à tout prix !

Les 7 et 8 octobre derniers, les populations du Sud d’Israël ont été victimes d’une séquence génocidaire et non d’un « simple » pogrom. Pourquoi ? Parce que ces massacres où furent assassinés de sang-froid près de 1.400 personnes, nourrissons compris, ont été volontaires, prémédités et systématiques.

Pour rappel, le pogrom traumatique de Kichinev de 1903 fit 49 morts et 500 blessés. Les terroristes du Hamas n’ont laissé, quant à eux, aucun survivant mis à part les otages capturés et, bien sûr, tous ceux qui réussirent à se cacher des tueurs. La semaine dernière, un autre de ces « forcenés » islamistes s’est cru autorisé, au cœur même de Bruxelles, d’assassiner des citoyens suédois. Ce crime gratuit devrait nous inciter à nous interroger sur les stratégies à adopter pour contrecarrer les discours de haine semée depuis la société civile mais aussi politique. L’heure est aux initiatives novatrices, au risque du pire.

À ce propos, on aurait pu se féliciter de l’initiative de Simone Susskind et de Jean-Philippe Schreiber de créer, au sein de l’ULB, un certificat spécifiquement consacré à la question israélo-palestinienne. Si l’intitulé augure du meilleur, « Complexités, nuances et regards croisés : Israël-Palestine », le programme présage du pire. De la nuance, peut-être, mais alors 50 nuances de gris… antisioniste. Sans contester la qualité de nombre de ses intervenants, on doit s’interroger sur l’étonnante asymétrie du programme. Mis à part Élie Barnavi (le meilleur d’entre nous !), on chercherait en vain un autre intervenant à même d’éclairer objectivement les participants sur les positions israéliennes. On ne pourra guère compter sur Sylvain Cypel, pressenti pour coprésenter « le récit national juif ». Ses articles comme ses ouvrages (L’État d’Israël contre les Juifs, Éditions La Découverte, 2020) témoignent d’un évident parti-pris antisioniste. De même, comment ne pas s’interroger sur le fait de confier à Baudouin Loos (Le Soir) les trois heures de cours consacrées à « la situation politique actuelle » et à mon collègue François Dubuisson, deux cours de trois heures, le premier sur « le droit international et la question israélo-palestinienne » et le second sur « la représentation du conflit ». On rappellera que ce militant/enseignant qui prône activement le boycott d’Israël qualifie le seul État démocratique de la région, d’État d’apartheid. François Dubuisson n’aime guère Israël (et c’est son droit) comme en témoigna sa maladroite, mais révélatrice « contextualisation » de l’attaque « des combattants du Hamas » au JT de la RTBF, le soir même des événements. Évidemment, je n’ai pas été sollicité pour participer à la formation ; une précédente intervention ayant été jugée trop partisane, trop sioniste ! Je suis pourtant de cette grande Maison, contrairement à l’écrasante majorité des autres intervenants. On peut donc dès lors légitimement s’interroger sur les objectifs que poursuivent les initiateurs de cette formation à tout le moins partiale, et plus encore sur ses effets sur ses futurs participants. Sincèrement, les temps tragiques que nous traversons ne nous imposeraient-ils pas de créer plutôt des ponts que des murs, à faire preuve d’impartialité plutôt que de militantisme? 

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Plus globalement, le moment n’est-il pas venu de s’interroger sur les raisons qui poussent certains membres de notre communauté à soutenir des événements pour le moins incongrus (i.e. cette conférence abracadabrantesque de l’UPJB et C°, heureusement annulée, intitulée « Antisémitisme : combattre le feu avec le pyromane ? Ou comment Israël instrumentalise l’antisémitisme »), à se faire l’avocat de personnalités interlopes (Tariq Ramadan), à jouer double, voire triple jeu, bref à se marraniser. Je vois dans toutes ces initiatives une seule explication : la volonté de plaire à tout prix et ce, pour des considérations tant carriéristes que bien souvent budgétaires. Organiser des voyages coûte cher. Sans oublier la peur ! Un de mes amis psychanalystes interprète le comportement erratique de certains de nos intellectuels et dirigeants communautaires sous le prisme du syndrome de Stockholm.

Sans aller aussi loin, je ne puis que m’interroger sur les ouvertures à sens unique de ce Musée juif de Bruxelles qui fut précisément l’otage d’un odieux attentat en mai 2014. Certes, notre priorité est de s’ouvrir aux Autres et, dans le contexte bruxellois, plus particulièrement à nos voisins arabo-musulmans. Mais encore faut-il choisir les partenaires adéquats. Que le député bruxellois Jamal Ikazban adore se prendre en selfie lors de l’un ou l’autre Iftar (jeûne musulman) organisé par le Musée juif est une chose, qu’il ait par ailleurs réussi à vider de sa sub-stance une résolution sur l’antisémitisme déposée au Parlement bruxellois par Viviane Teitelbaum en est une autre. Que Fatima Zibouh s’affiche en selfie avec Simone Susskind et Ilana Weizman est une chose, qu’elle ne soit pas parvenue, en dépit de son plein gré, à condamner l’attaque du Hamas en est une autre. Son post tardif sur Instagram est pitoyable et hypocrite. En revanche, ce que je constate c’est que la très laïque Djemila Benhabib qu’on refusa d’entendre lors de la fameuse conférence sur l’antisémitisme au Musée juif était, quant à elle, bien présente à la manifestation européenne en soutien aux otages israéliens.

Ne serait-il pas temps de choisir, ici et là, des interlocuteurs avec lesquels il serait véritablement envisageable de penser le « vivre » et « faire ensemble », bref d’abandonner cette politique du « plaire à tout prix ». De même, l’heure ne serait-il pas au temps de rompre avec tous ces mouvements islamogauchistes qui, par haine des « sionistes » et des États-Unis, flirtent avec l’islamofascisme (ce sont eux les pompiers pyromanes de l’antisémitisme !), bref d’isoler cette UPJB francophone comme néerlandophone (« Een andere joodse stem »), ces Zemmour d’ultragauche.

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Écrit par : Joel Kotek
Politologue et historien
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