Comparaisons abjectes entre mesures sanitaires et Shoah

Nicolas Zomersztajn
Lors des deux manifestations bruxelloises de décembre 2021 dénonçant les mesures sanitaires, des calicots ont fait le parallèle entre ces mesures sanitaires (vaccination, Covid Safe Ticket (CST) et port du masque) et la Shoah.
Manif anti mesures sanitaires étoile jaune Reuters
Partagez cette publication >

À travers l’Europe Ces comparaisons douteuses et insultantes s’accumulent sur les réseaux et dans toutes les manifestions contre la vaccination.

Ces comparaisons sont aussi douteuses que dangereuses. On ne peut absolument pas comparer ce qui s’est passé pendant la Seconde Guerre mondiale, et tout particulièrement la persécution et l’extermination des Juifs, avec la situation actuelle.

Cette comparaison odieuse défie surtout le bon sens. Avec la Shoah, un groupe d’individus étaient fichés, traqués et arrêtés pour être exterminer. La but était l’élimination des Juifs d’Europe. Dans la situation actuelle, celle d’une pandémie, les mesures sanitaires visent à permettre aux citoyens de continuer à faire société, d’être protégés contre le virus. Ces mesures sont prises pour sauver des vies. C’est tout le contraire d’un génocide.

Les mots perdent leur sens

En faisant ces comparaisons, les mots perdent leur sens. Ce sont des instrumentalisations dangereuses du passé. Elles permettent de banaliser facilement le moment historique évoqué. Si on prétend que la vaccination contre le coivid-19 et la mise en place d’un pass sanitaire, c’est la persécution des Juifs, alors la persécution des Juifs n’est finalement pas grand-chose. 

Si pour certains, il s’agit d’une méconnaissance de l’histoire, pour d’autres pleinement conscients de la réalité de celle-ci, ce n’est qu’une instrumentalisation cynique pour se faire remarquer : lus les mots utilisés sont choquants, plus ils ont de chance d’être remarqués. Mais il y a surtout la volonté de se payer de mots pour dramatiser apparaitre comme des rebelles courageux. Et tout cela en insultant la mémoire des victimes de la Shoah.

guest
0 Commentaires
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires
Découvrez des articles similaires

Annette Wieviorka, à la recherche d’un monde détruit

Dans Tombeaux. Autobiographie de ma famille (éd. Seuil) pour lequel elle a reçu le Prix Fémina de l’essai, Annette Wieviorka, historienne spécialiste de la Shoah et directrice de recherche honoraire au CNRS, retrace l’histoire de ses parents et de ses grands-parents. Au-delà du destin d’une famille juive malmenée par l’Histoire, elle restitue avec précision et sensibilité le monde de l’immigration juive d’Europe orientale, de son installation en France dans les années 1920 au difficile retour à la vie après la guerre, en passant par l’effervescence des années 1930 et la tragédie de la Shoah.

Lire la suite »

« L’Ukraine, c’est bon pour les Juifs ? »

Si l’Ukraine fut une terre de sang pour les Juifs, elle est devenue depuis plusieurs années le pays d’Europe centrale et orientale le plus ouvert aux Juifs. Les heures tragiques que connaît ce pays imposent aux Juifs une solidarité sans faille. La défaite de l’Ukraine signifiera immanquablement une régression qui pourrait leur être fatale.

Lire la suite »