Julia Pirotte – photographe engagée et résistante

Roland Baumann
Julia Pirotte est une des « quatre sœurs » exposées au Musée Juif de Belgique (MJB). Heureuse coïncidence, le Mémorial de la Shoah à Paris lui consacre une rétrospective.
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Comme l’explique Barbara Cuglietta, directrice du MJB et co-auteur de l’exposition Four Sisters consacrée à Chantal Akerman, Marianne Berenhaut, Sarah Kaliski et Julia Pirotte, « Chantal réalise des films, Marianne sculpte, Sarah est peintre et Julia photographe. Ces quatre artistes juives bruxelloises ont vécu la Shoah, directement, ou à travers leurs proches. Elles se sont construites avec une force et un engagement qui en font des modèles de vie et de liberté. Elles sont « sœurs » comme « Les Quatre sœurs », survivantes des camps de la mort dont le cinéaste Claude Lanzmann avait recueilli les témoignages. Couvrant plus d’un siècle d’Histoire au féminin, « Four Sisters » entrecroise les fils des récits de vie de ces artistes, à la manière d’un tissage ».

Julia Pirotte (1907-2000), née Golda Perla Diament est originaire de Konskowola, un shtetl de Pologne sur la route de Lublin. Jeune communiste, elle fait de la prison et finit par s’exiler pour rejoindre sa sœur Mindla en France. Tombée malade en Belgique et soignée par le Secours rouge, elle obtient la nationalité belge en épousant le syndicaliste Jean Pirotte. Vivant à Bruxelles, elle se forme au photojournalisme sur les conseils de Suzanne Spaak qui lui offre un appareil photo Leica. Parmi ses premiers reportages, Julia Pirotte enquête sur les mineurs polonais à Charleroi pour Le Drapeau Rouge. Mai 1940, c’est l’exode. Réfugiée à Marseille, Julia survit comme photographe de plage puis entre au Dimanche illustré. Elle photographie la société en détresse : femmes et enfants juifs allemands internés par Vichy avant d’être déportés vers Auschwitz, enfants des rues au vieux Marseille, familles de mineurs, etc. Sa carte de presse permet à la reporter de circuler et de remplir ses missions de courrière de la résistance. Elle fait à Marseille son dernier portrait de Mindla, elle aussi résistante communiste, peu après arrêtée. Le 21 août 1944, Julia photographie le soulèvement de Marseille… les insurgés au combat, l’entrée des alliés, les fêtes de la Libération.

Témoin des pogroms de Kielce en 1946

Rentrée en Pologne en 1946, Julia découvre un pays en ruines que ravage un antisémitisme virulent, comme en témoignent ses photographies du pogrom de Kielce. Animée par l’espoir de « bâtir un monde meilleur », elle photographie les travailleurs des grands chantiers, les mouvements de jeunesse… Au Congrès mondial des Intellectuels pour la paix à Wroclaw (1948) elle fait les portraits de Picasso, Eluard, et bien d’autres compagnons de route du PC. Comme journaliste polonaise, elle voyage en Israël en 1957, visite les kibboutz. En 1994, Julia Pirotte faisait l’objet d’une exposition au Musée de la Photographie de Charleroi. 

Elle entretient un rapport privilégié avec ce musée auquel elle fera don de ses archives photographiques. En 2008, une émission de timbres-poste dédiée à la photographie belge rend hommage à cette photojournaliste juive. Coïncidant avec l’exposition du MJB, une rétrospective de l’œuvre de Julia Pirotte au Mémorial de la Shoah à Paris retrace la vie et la carrière de la photographe à travers ses grands reportages. Cette exposition met aussi en valeur les femmes engagées et militantes qui inspirent Julia Pirotte : sa sœur Mindla, décapitée en 1944 à Breslau, et Suzanne Spaak. Membre de l’Orchestre Rouge, arrêtée et exécutée par les Allemands, cette belle-sœur de Paul Henri Spaak, a été reconnue Juste parmi les nations en 1985.

Expositions

Four Sisters, jusqu’au 28 août 2023

Musée Juif de Belgique, rue des Minimes 21, 1000 Bruxelles

www.mjb-jmb.org

Julia Pirotte, photographe et résistante, jusqu’au 12 novembre 2023

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Hanni R. LEWERENZ
Hanni R. LEWERENZ
8 mois il y a

Merci Roland Baumann, votre article sur Julia P. m’a de nouveau touché profondément comme tous vos articles précédents.
Votre subtilité, le soin de vos recherches, votre humanisme sans affichage nous fait un bien vital. Merci et merci.
Si on avait qch à décider je vous proposerais comme un des prochains Mensch.
Vous maintenez le cerveau et le cœur et la mémoire ensemble, les ingrédients de notre existence qu’on essaye de saisir. Une faculté de plus en plus difficile à trouver.
Si j’avais une influence quelconque sur les décisions, je vous proposerais comme un Mensch.
Hanni Rebecca LEWERENZ + Marc Iwand

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