01/10/2024
Regards n°1109

D’un bus juif et du football ou comment capituler face à l’antisémitisme !

Début septembre, une nouvelle ligne de bus (301) a été mise à l’essai dans le Nord de Londres pour relier deux des principaux quartiers juifs. Bien que cette initiative ait été saluée par les responsables communautaires juifs londoniens, elle soulève des questions inquiétantes. Pourquoi ? Parce qu’elle témoigne d’une situation où la violence et la menace sont devenues si présentes que les autorités considèrent que les Juifs ne peuvent plus se déplacer en toute sécurité dans les transports publics ordinaires. La recrudescence des actes antisémites à Londres est indéniable, avec 2.065 incidents signalés entre octobre 2023 et juillet 2024, marquant une augmentation alarmante de 278,9 % en un an. Face à cette réalité, la création de la ligne 301 semble être une mesure de protection pragmatique.

Cependant, elle pose un problème plus profond : cette initiative doit aussi être perçue comme un aveu d’échec des autorités à lutter efficacement contre l’antisémitisme. A mes yeux, cette décision rappelle d’autres périodes sombres de l’Histoire, où les autorités, incapables de protéger certaines communautés, les ont isolées pour assurer leur sécurité. Bien que les contextes soient différents, la logique reste comparable. Primo, si l’on commence par séparer les communautés dans des bus, où cela s’arrêtera-t-il ? La mesure ne risque-t-elle pas de conduire à une forme de discrimination institutionnalisée, en créant à terme des espaces de vie séparés pour les Juifs. Qui nous assure que tout cela ne se terminera pas par la création de juiveries consenties, puis de ghettos imposés pour les Juifs qui refuseront de se désolidariser d’Israël ? Secundo, cette initiative, certes pavée de bonnes intentions, ne pourrait-elle se retourner contre les Juifs, en alimentant la perception d’un traitement privilégié pour la communauté juive ? D’aucuns pourraient voir dans cette décision une forme de « philosémitisme d’État », suggérant que les autorités accordent une attention disproportionnée aux Juifs au détriment des autres minorités ou des citoyens en général. Cette perception pourrait ainsi exacerber les tensions interethniques plutôt que les apaiser. Tertio, la création de cette ligne de bus séparée ne s’attaque en rien à la racine du problème : l’antisémitisme de rue. En isolant les Juifs au lieu de combattre activement l’antisémitisme, les autorités donnent l’impression d’accepter cette réalité plutôt que de la combattre de front. Cette approche risque de renforcer le sentiment que l’antisémitisme est une donnée avec laquelle il faut composer, plutôt qu’un fléau à éradiquer.

Cette situation à Londres trouve un écho en Belgique, où une autre forme de capitulation semble émerger. Récemment, la Ville de Bruxelles a refusé d’accueillir l’équipe de football israélienne dans le cadre de la Ligue des Nations. Le match, qui devait initialement se dérouler au stade Roi Baudouin, a été déplacé en Hongrie après que toutes les villes belges ont refusé d’accueillir l’équipe d’Israël. Philippe Close, bourgmestre de Bruxelles, a justifié cette décision par l’incapacité des forces de l’ordre à gérer la sécurité lors d’un tel événement. Benoît Hellings, échevin des Sports, a évoqué les tensions générées par le conflit israélo-palestinien, arguant qu’accueillir Israël aurait exacerbé le climat social déjà tendu à Bruxelles. Il a souligné le risque de voir des militants propalestiniens ou pro-israéliens acheter massivement des billets pour le match, augmentant ainsi la possibilité d’incidents. Lorsqu’on lui a demandé pourquoi la France et l’Italie accueilleront pour leur part l’équipe d’Israël à domicile, notre échevin des Sports a invoqué le traumatisme de l’assassinat de deux supporters suédois lors du match Belgique-Suède en octobre 2023. Un argument assurément bancal si l’on songe, d’abord, que les mobilisations propalestiniennes en Belgique n’ont jamais été hors de contrôle et ce, au contraire de la France qui va, nous l’avons dit, accueillir l’équipe d’Israël dans le cadre de la 4e journée de la compétition. Quoi de plus normal en effet ? Les jeux olympiques n’ont-ils pas démontré qu’il était totalement possible de sécuriser un événement… planétaire, bref que la violence n’était pas une fatalité. Malgré les risques, aucun incident majeur n’a été rapporté. L’argument sécuritaire avancé par les élus bruxellois apparaît ainsi des plus jésuitiques. Tandis que certaines villes européennes sont prêtes à relever ce défi, la Bruxelles, elle, abdique. Le refus bruxellois doit être compris comme un acte de faiblesse face à la pression communautariste, sinon comme une forme de boycott déguisé. Il nous apparaît comme une preuve supplémentaire de cet antisémitisme de calcul, électoraliste et opportuniste que pratiquent la plupart de nos élus, tout désireux de conforter les positions de l’électorat musulman, Salam Cola à l’appui.

Que ce soit à Londres ou à Bruxelles, la tendance à isoler ou à exclure les communautés juives plutôt qu’à s’opposer activement à l’antisémitisme est une stratégie qui, à long terme, pourrait avoir des conséquences graves. Ces mesures ne peuvent que renforcer l’idée que les autorités sont prêtes à céder aux pressions communautaires au lieu de s’attaquer aux causes profondes de l’antisémitisme et de la violence.  

Écrit par : Joel Kotek
Politologue et historien
joel kotek

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