IMAJ présente son 21e festival du film juif

Florence Lopes Cardozo
Après l’année 2020 que l’on sait…, après un festival organisé en ligne en 2021, le Brussels Jewish Film Festival (BJFF) se réjouit de pouvoir à nouveau projeter du 8 au 13 mars ses films en salles, en (presque) toute convivialité.
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Tel un souffle de printemps, le Brussels Jewish Film Festival s’engouffrera dans les salles du Vendôme et du Palace du 8 au 13 mars prochains. Comme toujours, ce sera un moment à cueillir et à accueillir pour ses films glanés au fil des festivals internationaux et projetés, pour la plupart, une seule et unique fois à Bruxelles. Cette édition 2022 présentera un bouquet de huit avant premières : deux documentaires et six fictions dont deux seulement bénéficieront de sorties « officielles ». La programmation de cette année se composera de films aux thèmes variés. Ils toucheront à la Shoah, aux complexités d’Israël, à l’Union soviétique, à l’Afrique du Sud, à la littérature américaine et à l’humour.
Le Festival recevra les réalisateurs Eran Kolirin et Assaf Galay. Le premier pour Let it be morning – fiction aux frontières israélo-palestinienne qui s’est vue décerner 7 Ophirs en 2021 dont celui du Meilleur Film. Assaf Galay accompagnera, lui, son documentaire The adventures of Saul Bellow. Kristiaan Versluys, professeur de littérature américaine à l’université de Gent, sera également présent pour éclairer encore l’œuvre du prix Nobel de littérature.

L’humour, séance tenante

Trois films du festival graviteront autour de l’humour, sans, pour autant, être foncièrement marrants. La comédie Greener Pastures suit les aventures fumantes (et fumeuses ?) de Dov, 79 ans, en maison de retraite. Nominé en Israël onze fois aux Ophirs du cinéma, ce film insolite part comme des petits pains dans les festivals aux quatre coins du monde. Il faudra venir au BJIFF pour comprendre pourquoi.
Changement de ton avec You had to be there d’Avi Merkado et Yaron Niski. Le comédien israélien Tal Friedman interroge des rescapés de la Shoah sur la place de l’humour aux pires heures de leur vie. Piquants, émouvants, souvent désopilants, ces témoins des camps de la mort se remémorent des vannes obscènes dans une escalade de blagues cyniques à replacer dans leur contexte. Le documentaire est entrecoupé d’interventions d’humoristes et d’historiens attestant de l’importance du rire comme outil de résistance et de résilience : mise à distance vitale, arme, antidote, rempart, pansement verbal sur des plaies béantes à jamais. « Il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un Juif que de jouer au scrabble avec Klaus Barbie » osait Pierre Desproges qui défendait encore ce point de vue : « On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui ». Le débat est ouvert.
Enfin, avec The Humorist, le réalisateur Michael Idov nous projette en 1984, dans la vie d’un célèbre comédien de stand-up fictif, Boris Arkadiev. Adulé par tous mais en proie à un vide existentiel, l’artiste est accablé par la censure et par l’oppression d’un régime décadent. Puissants et publics ne se lassent pas d’écouter et de réécouter le sketch-phare de la vedette qui rêve de nouveaux horizons. Il est aussi question, tout au long du film, ponctuellement et en filigrane, de sa judéité, élément d’extranéité, de curiosité et de malaises en société. C’est à cet endroit que se place la caméra de Michaël, entre gratification et humiliation, reconnaissance du talent et menaces de séquestration. Et la tension dramatique monte… Quel geste, quel regard, quel mot, fera-t-il que l’artiste basculera dans l’approbation ou le bannissement. Bouffon de rois, sollicité pour ses provocations – oui mais de bon ton – Boris avance sur le fil du rasoir tandis que les nantis regardent ce funambule jongler, résister et ployer sous le poids de leurs désidératas. Une scène finale illustre à elle seule les jeux de rôles et de pouvoirs qui traversent, en fin de compte, toutes les sociétés, toutes époques confondues. Michael Idov, scénariste russe à succès, émigré aux Etats-Unis, aurait, dit-on, planté le décor de son premier film en Union soviétique pour dénoncer la censure toujours en vigueur en Russie. Et pourquoi pas, par ricochet, en occident où les libertés paraissent de plus en plus étriquées et contrôlées par divers pouvoirs, des plus puissants aux mouvements des réseaux sociaux. Pour revenir au film, le décor de l’Union soviétique, les couleurs tamisées et la patine des images feutrées, la datcha, les tablées surveillées, la mélodie sourde de la langue russe, un air irrespirable, la vodka sans concession et la sensible interprétation d’Aleksey Agranovich, très bien entouré, invitent à s’immerger dans ce riche et vaste huis-clos… Sur ce, bon festival à tous !

Retrouvez toutes les informations du festival sur le site du BJIFF www.bjiff.be ainsi que sur la page Facebook d’IMAJ (Institut de la Mémoire Juive Audiovisuelle) : www.facebook.com/IMAJBruxelles
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