Regards n°1100

Laure Murat, Proust, roman familial, Robert Laffont, 250 p.

Le monde d’où s’est extirpée l’écrivaine et universitaire Laure Murat est celui même que décrit Proust dans A la recherche du temps perdu. A savoir l’aristocratie. Ce n’est pas l’aristocratie qui confère à Proust un surcroit de prestige, c’est le contraire. C’est bien la littérature qui prime. Laure Murat sort de ce monde et s’en est sortie. En lisant et relisant Marcel Proust. « Je ne m’arroge en rien le prestige de Proust parce qu’il aurait décrit le monde où je suis née, mais je loue sa magie à m’en avoir sortie », écrit-elle d’entrée de jeu. Un monde de règles arbitraires, tacites, qui invite à tenir (son rang), se tenir, se retenir. Pas d’effusion, pas de démonstration, pas un mot plus haut que l’autre. « On ne pleure pas comme une domestique ». Derrière ce code ? Rien, absolument rien. Le vide.  Il y avait bien au départ le code chevaleresque de l’honneur et le blason qui vous distinguait. Faut-il le dire ? de cela il ne reste rien. Et c’est l’œuvre de Proust, justement, qui nous montre cette déliquescence qu’on peut dater de la guerre de 14. Laure Murat descend des deux lignées de la noblesse : celle d’Empire (les Murat) et celle, plus prestigieuse, dite d’Ancien Régime (duc et duchesse de Luynes).

Distinction bien dérisoire aujourd’hui, on en conviendra. Mais Laure est officiellement Princesse Murat. Quand ce titre figure sur un document, les préposés de l’administration croient simplement que c’est un prénom “original”. Qu’on ne se méprenne pas : si la double lignée familiale de l’écrivaine a quelque parenté avec les personnages de Proust, ce n’est pas pure analogie ou simple vraisemblance. Les aïeux de Laure Murat sont expressément nommés dans la Recherche, mais mêlés aux personnages fictifs. Si bien qu’une étude généalogique un peu poussée (dans l’œuvre et dans la réalité) établirait que Laure Murat pourrait légitimement tenir la (fictive) duchesse de Guermantes pour sa tante ! Mais là n’est pas encore l’essentiel, qui touche des territoires bien plus personnels. A savoir la thématique si importante chez Proust de l’homosexualité masculine et féminine, qu’il était fatal que Laure Murat interroge. Ce qu’elle fait brillamment, laissant de sa mère, avec qui elle fut contrainte de rompre, un portrait haïssable. Lire Proust l’aida dans cette entreprise d’émancipation. Je l’ai toujours pensé : lire Proust, ça soigne. Allez-y, ce n’est jamais trop tard.

Écrit par : Henri Raczymow

Esc pour fermer

génocide
Du concept à l’accusation : comment faire d’Israël un État génocidaire
Qualifier Israël d’État génocidaire est devenu pour certains une évidence. Cette accusation repose largement sur une théorie en vogue dans(...)
Nicolas Zomersztajn
Société
extrême droite juife 1
Extrême droite : Les Juifs comme caution, Israël comme alibi
Le Vlaams Belang se veut aujourd’hui l’un des plus fervents défenseurs d’Israël et de la lutte contre l’antisémitisme en Belgique.(...)
Nicolas Zomersztajn
Politique, Antisémitisme
masculinisme
Masculininisme : quand la haine des femmes rencontre celle des Juifs…
De TikTok à YouTube, les nouveaux prophètes de la virilité séduisent des millions de jeunes hommes à travers le monde.(...)
Laurent-David Samama
Antisémitisme, Société
_Visuel ARTICLE REGARDS 2025-2026 (2)
La sélection estivale de Tamara Weinstock
Pour accompagner les longues journées d’été, Tamara Weinstock vous propose une sélection de livres à dévorer sous le soleil :(...)
Tamara Weinstock
Culture
livre samama
Poltava, New York et leurs fantômes
Dans Les Fantômes de Poltava (Éditions Héliopoles), Fabrice Lardreau remonte le fil d’une vie brisée par la guerre. À travers(...)
Laurent-David Samama
Culture
je lis nos coeurs
Tala Albanna et Michelle Amzalak, Nos coeurs invincibles, Correspondance entre une étudiante à Gaza et une étudiante en Israël, présentée par Dimitri Krier, Nouvel Obs/Flammarion, 165 p.
Pour comprendre quelque chose à la situation à Gaza et au conflit israélo-palestinien après les massacres du Hamas du 7
Henri Raczymow
Culture