Regards n°1117

Yvonne Nèvejean, héroïne de la Résistance

Romane Carmon publie Yvonne Nèvejan. Sauver les enfants (Éditions Racine), une biographie d’une résistante belge exceptionnelle. Directrice de l’œuvre nationale de l’enfance (ONE) durant la Seconde Guerre mondiale, Yvonne Nèvejean (1900-1987) a contribué à sauver des milliers d’enfants juifs en organisant avec le Comité de défense des Juifs (CDJ) un système complexe pour placer des enfants juifs dans des foyers d’accueil, des internats, des couvents et des orphelinats gérés par l’ONE.

Travaillant sur les femmes dans la Résistance, Romane Carmon évoque l’amorce de sa recherche : « En scrutant le profil Instagram de l’amie d’une amie, une publication attire mon attention. Datée de 2020, c’est une photo de sa grand-mère et elle, debout, le dos contre un mur blanc surmonté d’une plaque au nom d’Yvonne Nèvejean ». Elle a écrit : ‘‘Bruxelles a désormais une rue au nom de mon arrière-grand-mère, Yvonne Nèvejean. Elle était directrice de l’Œuvre nationale de l’enfance pendant la Seconde Guerre mondiale’’. »

Romane Carmon est d’emblée fascinée par la personnalité de la directrice de l’ONE : « Yvonne Nèvejean est décédée sept ans avant ma naissance. J’ai trouvé une interview d’elle à l’United States Holocaust Memorial Museum. J’imaginais une dame qui prend la main d’un enfant juif, l’accompagne au train et tendrement lui susurre à l’oreille pour le rassurer. Écoutant cette interview, j’ai réalisé que c’était une femme de pouvoir, une résistante d’une rare assurance. Une phrase d’elle m’a marquée au sujet des enfants juifs : ‘‘Nous n’avions jamais fait de différence auparavant. Pourquoi en faire une, tout à coup ?’’. Pour moi, cette phrase résume son engagement : elle arrive à l’ONE en 1920, la quitte en 1974, consacre toute sa vie à la protection de l’enfance. »

Empêcher la déportation des enfants juifs

Comme le montre Romane Carnon, Nèvejean s’inquiète dès 1938 du sort des enfants juifs en Allemagne nazie. Devenue directrice générale de l’ONE à l’été 1940, après les rafles de l’été 1942 elle collabore avec la section Enfance du Comité de défense des Juifs (CDJ). L’ONE soutient financièrement les homes de l’Association des Juifs de Belgique (AJB), mais, sachant la précarité de ces institutions, crées par les nazis, Nèvejean ne ménage pas ses efforts pour empêcher la déportation des enfants qui s’y trouvent rassemblés. Elle joue surtout un rôle décisif dans le travail du CDJ, comme le résume Romane Carnon : « Elle connaît d’innombrables institutions, pensionnats familles d’hébergement… active ses contacts pour obtenir des fonds… Cacher des enfants, coûte très cher ! Elle associe des membres du personnel de l’ONE à cette action de sauvetage, met à disposition du CDJ des locaux de réunions au siège de l’ONE…. 

Elle fait aussi partie du réseau de renseignement Tournoy, lié aux services Clarence et Zéro. Bien entendu, dans les archives d’époque de l’ONE, rien ne documente ces activités résistantes. »

Le récit biographique de Romane Carmon suscite des questions. Ida Sterno et Yvonne Jospa s’engagent dans l’accueil d’enfants en Belgique pendant la guerre d’Espagne[1], mais quelle est l’attitude de Yvonne Nèvejean face à la tragédie de l’enfance espagnole victime du fascisme ? Sterno, Jospa et Nèvejean s’inscrivent toutes trois dans l’héritage de Marie Mulle (1874-1964). En 1921, cette figure emblématique du mouvement laïque prend la direction de l’École centrale de service social à Bruxelles. Ida Sterno est élève de cette première école belge de formation d’assistants sociaux, dont Yvonne Nèvejean est diplômée en 1922. Yvonne Jospa entre en 1929 dans cette institution d’enseignement qui prône la neutralité, la tolérance et une approche humaniste du travail social, sans prosélytisme religieux ni politique.

Écrit par : Roland Baumann

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