Regards n°1069

Samuel Paty, le héros (tranquille) de la République

Encore un ! Depuis mars 2012, le terrorisme islamiste ne cesse de frapper. Les cadavres s’entassent, ici et là. Vous vous souvenez ? A cette époque-là, des Juifs sont ciblés parce que Juifs à l’école Ozar Hatorah de Toulouse. Connaissez-vous cette phrase de James Joyce : « L’histoire est un cauchemar dont je cherche à me réveiller » ? Ne cherchons pas midi à quatorze heures, nous sommes prisonniers des choix du passé. Nous avons fait exactement l’inverse de ce que nous aurions dû faire. Nous avons cédé trop de terrain aux islamistes, des fréristes aux salafistes, des khomeynistes aux erdoganistes. Et nous avons, surtout, abandonné à leur triste sort tous les porteurs d’espoir, d’ici et d’ailleurs. Conséquence? L’épée menace la plume. Le sang coule. Mais à qui la faute? Certainement pas à Paty qui n’a fait que son travail. En effet, le 5 et le 6 octobre le professeur montre deux caricatures de Charlie Hebdo dans le cadre d’un cours d’éducation civique qu’il offre à plusieurs classes de 4e. Depuis ce jour, sa vie est devenue un cauchemar. Des accusations d’islamophobie et de racisme surgissent. Qu’on le fasse taire, fissa !

L’enseignant d’histoire-géographie devient un survivant. Son ultime angoisse est de ne pas trahir son métier qu’il aime tant. Mais comment survivre dans ce monde de lâches où tous les coups sont permis ? Comme à chaque fois, la mort sociale précède la mort tout court. Deux manipulateurs agitent le chiffon rouge de la sensibilité des musulmans pour fabriquer l’indignation. Un prédicateur islamiste, Abdelhakim Sefrioui, fondateur du collectif de soutien de Cheikh Yassine du Hamas, et un parent d’élève, Brahim Chnina, qui met en scène sa propre fille. Elle prétend même avoir été exclue du cours. Faux ! Le 6 octobre, l’élève n’est même pas en classe.

L’objectif du commando islamiste est double. Tuer socialement Samuel Paty en le dénonçant auprès de sa hiérarchie, lui faire mal, le faire douter de lui, l’humilier au collège. A plus long terme, la cabale a pour visée d’interférer sur le contenu pédagogique de l’enseignement. C’est ce que les islamistes appellent changer la société en profondeur. Anéantir les réflexes de la société démocratique pour la priver du débat, de l’échange et de la liberté d’expression. Cette stratégie victimaire est mise en place au nom du respect d’une prétendue sensibilité. Avec la peur de blesser, la crainte de faire des vagues, l’obsession du consensus, la liberté en prend un coup. Dans l’antichambre de la violence, on retrouve le centre nerveux de l’islamisme, son idéologie, ce poison lent, inexorable. Et ce n’est qu’après ce matraquage idéologique que le bras armé s’active.

Le 16 octobre, Abdouallakh Anzorov un jeune russe d’origine tchétchène, âgé de 18 ans, qui n’a pas encore son permis de conduire fonce vers les Yvelines avec un couteau de boucher pour venger le Prophète des musulmans. Pourtant 12 ans auparavant lorsqu’il a fallu prendre le chemin de l’exil pour trouver une protection, ce n’est pas vers la Mecque que la famille Anzorov regarde. C’est vers la France, pays laïque. Toute la famille est accueillie. Refusée en première instance. La famille insiste et la République cède en appel. Que s’est-il passé dans la tête du jeune réfugié pour qu’il se retourne contre son pays d’accueil ? Que ce geste banal (montrer deux caricatures de Charlie Hebdo) se transforme en un acte héroïque en dit long sur notre époque. Avons-nous perdu la tête ? En tout cas, celle de l’amoureux de la liberté a roulé devant ses élèves.

L’acte de décapitation de Samuel Paty n’est pas un acte isolé, il est le simple prolongement de l’affaire Mila, qui elle-même s’inscrit dans une histoire plus longue avec l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 et qui se prolonge,en Europe, avec l’égorgement de Theo van Gogh, le 2 novembre 2004, et dans le monde musulman avec des assassinats de masse contre des penseurs. Que d’intellectuels, d’enseignants, de journalistes, d’écrivains, de dramaturges, de militants politiques ou de simples citoyens sauvagement assassinés par des milices paramilitaires islamistes dans la solitude et l’indifférence du monde ! Certes, aujourd’hui, le martyr de la liberté porte le nom de Samuel Paty. Hier, il portait le nom de Tahar Djaout, premier journaliste, poète et romancier algérien victime d’un attentat islamiste, à Alger, le 26 mai 1993, mort quelques jours plus tard. Un an auparavant, au Caire, c’est l’écrivain, chroniqueur et militant laïque, Farag Foda, qui est assassiné le 8 juin 1992. Le 6 février 2013 à Tunis, c’est l’avocat Chokri Belaïd qui est ciblé. Quelle inquiétante résonance avec la France d’aujourd’hui! Le combat contre l’islam politique est notre responsabilité collective où que l’on soit. Samuel Paty a affronté la bête avec courage et dignité. Hommage éternel au professeur !  Que vive la liberté !

Écrit par : Djemila Benhabib

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