Les 18 et 19 mars, le CCLJ a accueilli deux journées de collecte de documents et de témoignages consacrées à la mémoire des familles juives de Belgique avant, pendant et après la Shoah. Organisée en collaboration avec le Mémorial de la Shoah et Kazerne Dossin, cette initiative coordonnée par le CCOJB a permis à des archivistes spécialisés de rencontrer des familles venues confier photographies, lettres, papiers administratifs, récits et objets personnels datant de 1880 à 1948.
Chaque document partagé a contribué à préserver une mémoire collective essentielle et à transmettre aux générations futures les parcours, les histoires et les voix de celles et ceux touchés par la persécution et la déportation. Tous les documents ont été numérisés sur place puis immédiatement restitués à leurs propriétaires.

Les 18 et 19 mars derniers, le CCLJ, en collaboration avec le CCOJB, a accueilli deux journées exceptionnelles de collecte d’archives consacrées à la mémoire de la Shoah en Belgique. Pour la première fois dans notre pays, cette initiative a pu voir le jour grâce à l’expertise et à l’accompagnement du Mémorial de la Shoah, dont le travail de préservation et de transmission constitue aujourd’hui une référence essentielle en Europe. Réalisé également en partenariat avec Kazerne Dossin, ce projet a permis d’ouvrir un espace rare et profondément humain consacré à la transmission des mémoires familiales liées à la persécution et à la déportation des Juifs de Belgique.
Durant ces deux journées, 45 personnes ont franchi les portes du CCLJ avec des documents souvent conservés pendant des décennies dans l’intimité des familles : photographies jaunies par le temps, lettres, cartes d’identité marquées du sceau de l’exclusion, documents administratifs, témoignages manuscrits, objets personnels, récits enregistrés ou simples fragments de vies sauvés de l’oubli. Certains de ces documents n’avaient jamais été montrés auparavant. D’autres avaient traversé les générations dans le silence, protégés comme des reliques familiales, parfois trop douloureuses à évoquer.
Derrière chaque dépôt se trouvait une histoire singulière. Celle d’un enfant caché séparé de ses parents. Celle d’une famille arrêtée lors d’une rafle. Celle d’un survivant revenu seul des camps. Celle aussi de femmes et d’hommes qui, dans l’ombre, ont résisté à la barbarie en cachant des enfants juifs, en fabriquant de faux papiers ou en organisant des filières de sauvetage au péril de leur propre vie. Ces archives ne constituent pas uniquement des traces historiques : elles portent la mémoire de vies interrompues, d’identités menacées et d’actes de courage souvent restés dans l’ombre de l’Histoire officielle.
Pour beaucoup de participants, ces journées ont représenté bien davantage qu’une simple remise de documents. Elles ont été un moment de parole, parfois attendu depuis longtemps. Dans une atmosphère d’écoute et de bienveillance, les familles ont pu raconter les parcours de leurs proches, transmettre des souvenirs longtemps tus et donner un sens nouveau à des objets conservés parfois depuis plus de quatre-vingts ans. Certaines personnes ont évoqué pour la première fois l’histoire de leurs parents ou grands-parents. D’autres ont découvert, à travers les échanges avec les archivistes et historiens présents, l’importance historique de documents qu’elles considéraient jusque-là comme de simples souvenirs familiaux.
Cette collecte a également rappelé l’urgence du travail mémoriel. Les derniers survivants disparaissent progressivement et, avec eux, une mémoire directe de la Shoah en Belgique. Aujourd’hui plus que jamais, préserver les archives familiales devient essentiel afin de transmettre aux générations futures une histoire incarnée, humaine et accessible. Chaque photographie retrouvée, chaque lettre sauvegardée, chaque témoignage recueilli permet de redonner un visage, un nom et une voix aux victimes de la persécution nazie.
Au-delà de leur valeur historique, ces archives constituent aussi un rempart contre l’oubli, le négationnisme et toutes les formes contemporaines de haine et d’antisémitisme. Elles rappellent que derrière les chiffres de la déportation se trouvaient des vies ordinaires : des enfants, des parents, des étudiants, des commerçants, des artistes, des familles entières brutalement arrachées à leur existence. Préserver ces traces, c’est refuser que ces destins disparaissent une seconde fois dans le silence.
Ces deux journées ont également montré la force d’une mémoire collective construite ensemble. Historiens, archivistes, institutions mémorielles, bénévoles et familles ont partagé une même responsabilité : celle de transmettre. Grâce au travail conjoint du CCLJ, du CCOJB, du Mémorial de la Shoah et de Kazerne Dossin, cette initiative marque une étape importante dans la constitution et la préservation du patrimoine mémoriel juif en Belgique.
Mais ce travail ne fait que commencer. D’autres journées de collecte seront organisées afin de permettre à celles et ceux qui le souhaitent de déposer à leur tour une part de leur histoire familiale. Chaque archive confiée enrichit non seulement la mémoire collective, mais contribue également à transmettre aux jeunes générations une histoire profondément humaine, faite à la fois de tragédie, de résistance, de dignité et d’espoir.
Car transmettre la mémoire de la Shoah, ce n’est pas seulement regarder le passé. C’est rappeler, aujourd’hui encore, la nécessité de défendre la dignité humaine, de lutter contre l’indifférence et de rester vigilants face à toutes les formes de racisme, d’exclusion et de haine.
Retour sur la journée de collecte
Retrouver ici l’article de la revue Regards consacré à la venue du Mémorial de la Shoah et de la Kazerne Dossin au CCLJ : Confier ses archives pour ne pas disparaître






