David Elkaïm, l’écriture d’en thérapie, c’est lui (entre autre)

L’envie de travailler dans le cinéma est venue à David Elkaïm à l’adolescence. Alors qu’il est né au Maroc en 1969, il arrive en France à 17 ans, avec sa maman et sa sœur. Direction Bordeaux et le lycée où il rencontre une bande de copains – dont Vincent Poymiro avec qui il travaille toujours aujourd’hui – et passe son bac. Ensuite ce sera l’université pour une formation en cinéma et la Fémis pour une autre en écriture de scénarios. « J’y ai passé trois ans à parfaire ma technique », observe-t-il. De fil en aiguille, David Elkaïm commence à travailler sur différents projets artistiques dans lesquels il embrigade ses copains. « A la sortie de la Fémis, un jeune producteur m’a demandé d’écrire un court-métrage. J’ai proposé à Vincent qu’on le fasse ensemble. Et on a continué à travailler comme ça », raconte David Elkaïm. « De projet en projet, on en est arrivés à Ainsi soient-ils, une série Arte, l’histoire de cinq jeunes candidats à la prêtrise, et qui compte trois saisons ». Après ça, le tandem a été de plus en plus sollicité jusqu’à En thérapie.

Betipul version française

Au commencement, il y a Betipul, cette extraordinaire série israélienne, malheureusement introuvable aujourd’hui, réalisée par Hagaï Levi. Adaptée dans 19 pays, il manquait encore au programme la France et l’Allemagne – deux pays où la psychanalyse a tout son sens – au grand désarroi de l’Israélien. « Eric Toledano et Olivier Nakache avaient vu la série israélienne et l’avaient trouvée très bien », poursuit David Elkaïm. « Ils en ont donc acheté les droits et l’ont proposée à Arte. Eric et Olivier qu’on connaissait déjà nous ont appelés et nous ont confié l’écriture de l’adaptation ». David et Vincent ont alors l’idée de transposer la série après les attentats du Bataclan. Ils rencontrent plusieurs fois Hagaï Levi, au début du travail d’écriture et lui soumettent leur idée. « Nous avons choisi de placer le cabinet du psychanalyste dans le quartier du Bataclan, pour qu’il ait lui-même été impacté par les attentats, comme deux de ses patients », raconte David Elkaïm. « Cette idée lui a plu. Il nous a encouragés en nous disant que nous ne devions pas avoir peur d’être anxiogènes. Sans son regard, nous aurions pu flancher face à l’inquiétude des diffuseurs et des producteurs ». Si on devine que le soldat de la série israélienne est devenu un policier français avec une histoire personnelle liée à l’Algérie, et qui a de fortes résonances en France, les autres personnages sont assez proches de l’original. Et pour être le plus respectueux possible de la réalité, David et Vincent ont fait appel à un psychanalyste, Emmanuel Valat à qui ils ont pu poser toutes leurs questions.

Ecrire une telle série, ça ne s’improvise pas. David et Vincent ont mis sur pied une équipe de jeunes scénaristes qui se sont consacrés chacun à un personnage, comme pour la série israélienne. « On a discuté ensemble de la trajectoire de chacun, du psy, de voir où on aboutissait », observe David Elkaïm. Alexandre Manneville s’est consacré à Ariane, Nacim Mehtar a choisi Camille, la jeune nageuse, et Pauline Guéna a choisi le policier. Celle-ci avait auparavant passé un an à la PJ de Versailles, à qui l’enquête sur les attentats a été confiée. Elle savait donc comment parle un policier, comment il bavarde avec ses collègues, comment il se comporte sur le terrain. David et Vincent, se sont partagé le couple, le psy et la contrôleuse, Esther. Et puis, vint l’incroyable succès auquel personne ne s’attendait. David Elkaïm, très modeste, explique. « A cause du Covid, on ne peut pas sortir. Le public s’est donc rabattu sur les plateformes tv. D’un autre côté, les personnages parlent d’intime, et évoquer cet intime dans les foyers, cela a redonné un sujet de conversation, cela met un peu d’essence dans le moteur ! ». David Elkaïm et Vincent Poymiro ont plusieurs projets sur le feu et on ne peut que s’en réjouir tant le duo est talentueux. Ils se battent également pour une meilleure visibilité des scénaristes, un combat à la fois légitime et nécessaire.

Écrit par : Anne Rozenberg

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