Regards n°1086

Une nouvelle équipe, un nouvel élan pour la Maison des jeunes

Après le Covid-19, la passation de flambeau à une équipe audacieuse ravive la flamme de la Maison des jeunes et de la JJL pour des jeunes avides de se retrouver. Entre tradition et innovation, le nouveau leadership redonne de l’élan au mouvement.

Ces deux années de pandémie n’auront pas épargné la Jeunesse juive laïque (JJL), le mouvement de jeunesse du CCLJ. Comme en témoignent tant de groupes sociaux confrontés à cette expérience, la distanciation physique a aussi provoqué une certaine distension des liens au sein du groupe. En pratique, la cohésion ne pouvait pleinement se réaliser hors de la présence physique de ses membres, les rencontres hebdomadaires, célébrations de temps forts de la vie juive et voyages tout au long de l’année servant de support à la construction de ces liens. Et si le télé-rassemblement a jugulé le délitement qu’aurait entraîné une rupture brutale, les jeunes et leurs madrihim ne pouvaient s’en contenter plus longtemps. De plus, la transmission des valeurs et l’éducation citoyenne, inscrites dans le temps long, requièrent aussi ce besoin essentiel de temps passé ensemble, d’épisodes fréquents de formation des plus âgés à l’encadrement des plus jeunes, de répétition de gestes, de chants, de rituels et d’habitudes dans les échanges interpersonnels. Comme ce fut le cas des scouts, des clubs sportifs et artistiques, dont les activités furent mises entre parenthèses par les confinements successifs pendant plus d’un an, les jeunes de la JJL ont dû se résigner. Les rencontres sont tombées dans le champ de l’accessoire, tous ont appris à vivre avec moins, presque sans. Pour un temps, heureusement maintenant révolu. Avec la campagne de vaccination et la réinstauration intermittente de mesures sanitaires moins radicales, les activités indispensables de loisir ont enfin pu reprendre. Alors la JJL a elle aussi remis son ouvrage sur le métier, et a pu revenir avec ardeur à sa mission de tissage.

Transmettre un judaïsme multiple et riche

Cette reprise (tant dans le sens de reprendre que celui de repriser), sans déni de l’interruption et de ses effets, mais pleine d’une nouvelle énergie incarnée par un nouveau duo directeur, était très attendue. Par les enfants et les jeunes en premier lieu, mais aussi leurs parents, qui ont à cœur de continuer, pas seulement en famille, à transmettre les valeurs, l’identité, les identités si variées des Juifs laïcs de Belgique. La réalité des familles juives à Bruxelles aujourd’hui comprend plusieurs éléments, dont certains internes (beaucoup de couples mixtes, dont les enfants fréquentent des écoles et d’autres institutions et groupes sociaux non juifs) et d’autres plus externes (réalité de l’antisémitisme, question de la place de chacun dans la société belge, en tant que citoyen belge et juif). Ces facteurs rappellent combien cette notion d’identité est complexe, mais aussi à quel point ces familles tiennent à transmettre un judaïsme multiple et riche, positif et fort, contemporain et tourné vers l’avenir. L’ADN de la JJL, comme celui du CCLJ, s’articule autour de l’idée selon laquelle « Est Juif celui qui se sent Juif ». Sans crainte de la dilution dans la mixité, la sécularisation ou l’assimilation, ni repli communautariste par mesure de protection ou effet de peur, la JJL puise sa force et ses valeurs à la source d’un judaïsme éclairé, universaliste, lié autant à l’histoire du peuple juif qu’à celle du CCLJ, et fondé sur un esprit de tolérance, de lutte pour les droits humains, de libre examen, de droit à la contradiction, en toute responsabilité et éducation à la démocratie. Le contenu des activités y est évidemment empreint d’un idéal de justice, de liberté et d’égalité fraternelle en plus d’un grand sens de l’humour et de la fête.

L’esprit d’ouverture de la JJL -et avec lui, la perméabilité des frontières avec le monde non juif et les échanges citoyens fertiles qui en résultent- ainsi que la réaffirmation d’une identité juive, plurielle, en dehors de tout dogme, fondamentalement attachée à Israël et à la paix au Proche-Orient ne sont plus à démontrer. Aujourd’hui, ces volontés complémentaires ont trouvé un nouveau souffle chez Chloé Van Lancker, directrice de la Maison des Jeunes, et Michella Kelani, shliha, arrivées après l’été 2021 à la tête de la JJL, afin de ranimer le feu dans l’âtre. Et quel feu ! Chloé Van Lancker vient du monde de l’enseignement. Avec une formation et une expérience de professeur de français langue étrangère dans un DASPA (dispositif d’accueil et de scolarisation d’élèves primo-arrivants), puis coordinatrice de réseau, Chloé a voulu revenir à un travail direct auprès des jeunes en présentant sa candidature au poste de directrice de la Maison des Jeunes ; elle y a pris ses fonctions le 1er septembre dernier. Entre son respect pour l’histoire du mouvement, sa grande attention pour le cadre de formation des madrihim (en général des élèves de 5è et 6è secondaire) et une bienveillance consciencieuse à l’égard de la collectivité comme des individualités, Chloé voit loin pour consolider l’ancrage local et développer les projets de l’historique JJL.

« Les petits gestes qui font les grandes traditions »

Michella présente également un profil et un parcours exemplaires pour assumer les responsabilités du poste de shliha (la messagère, en hébreu). C’est elle qui fait le lien entre les jeunes, et avec la direction. Passée par toutes les étapes de la JJL en tant que havera, madriha puis bogeret (madriha « retraitée » disponible ponctuellement), la jeune femme de 22 ans est revenue à Bruxelles après quatre ans de formation au leadership en Israël, en anglais et en hébreu, concentrant toutes ses expériences et ses compétences telles des poupées russes s’emboîtant les unes aux autres. Etudiante en lettres romanes à l’ULB depuis son retour en Belgique, Michella se consacre, au sein de la JJL, à remettre en œuvre, sous la guidance expérimentée de Chloé, tout ce qui fait la singularité et la pertinence des activités et des valeurs JJLiennes. En cela, la vision des deux cheftaines ne saurait mieux s’accorder : chacune insiste sur une volonté personnelle et commune de redonner du sens et leur place aux « petits gestes qui font les grandes traditions ». Au fur et à mesure que les activités hebdomadaires ont pu reprendre, que les tyulim et mahanot ont été autorisés, au rythme des péoulot si amusantes, des célébrations si instructives, petit à petit, les enfants et les jeunes ont renoué avec leurs habitudes, du concours de flans à la péoula crade, des épreuves sportives et la traditionnelle coupe du fair-play remportée chaque année au Lag Ba’omer à la célébration, toutes kvoutzot confondues et en présence des parents et de leur savoureux buffet, de la Messiba annuelle. Du mivkad inaugural du samedi après-midi aux chants de départ à la fin de chaque voyage, une attention particulière est accordée à conjuguer place pour chacun et solidarité collective. Cette dernière s’inscrit tantôt dans le cadre d’activités récurrentes prévues (comme la collecte de jeux et jouets pendant la période des fêtes de fin d’année, à destination des enfants hospitalisés), ou en référence à une actualité imprévisible, en contribuant par exemple à l’initiative récente lancée par l’UEJB de distribution de matériel et de vêtements aux réfugiés ukrainiens en Belgique.

La JJL s’attache à explorer et inculquer -tout en offrant à ses membres la possibilité d’exprimer- toute la complexité et la richesse des cultures juives, passées et actuelles. En pratique, à travers sa participation au travail de mémoire de la Shoah et des génocides du 20e siècle (Marche de Malines, visite du mémorial et centre de recherche Kaserne Dossin), par sa démarche d’ouverture et de rencontre avec d’autres plateformes saint-gilloises pour la jeunesse, ou encore via son affiliation à la Brith (alliance des cinq mouvements de jeunesse juifs de Belgique) et ses échanges culturels avec Israël, l’ensemble des haverim inscrits se voit confirmer qu’à tout âge, à la JJL comme dans le monde, tous ont une place, chacun y a la sienne.

Cette première année de JJL post-Covid touche bientôt à sa fin, conclue par la traditionnelle journée à Knokke, avant d’emmener les enfants, leurs guides, les bogrim et Michella en mahané kaïtz, version courte ou longue (10 jours ou 3 semaines), le premier mahané d’été depuis deux ans. Nul doute que le mahané prévu en France renouera avec la tradition tout en apportant son lot d’inédits. Courant septembre, les activités hebdomadaires recommenceront selon le calendrier préparé par Chloé et Michella avec, on l’espère, de nombreux nouveaux inscrits. La date de la Journée portes ouvertes sera prochainement annoncée, afin de faire (re)découvrir le mouvement, son équipe et leurs projets à tous ceux qui veulent apprendre ensemble à faire bouger le monde et à grandir avec lui.

Écrit par : Noémi Garfinkel

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